jeudi 24 mars 2016

Les déplacements doux comme vecteurs de lien social


Minimiser l'impact environnemental, maximiser le lien social


Afin de juger de l’intérêt des déplacements doux sur notre vie, je souhaiterais questionner notre façon de nous déplacer au quotidien, et l’impact de ce transport sur notre vie.




Cette question m’est venue lors de la lecture du livre « No Impact Man », de Colin Beavan, un américain vivant à New York, ayant relevé le défi de réduire pendant un an son empreinte environnementale (drastiquement !).

Hors du fait qu’il a questionné son rapport à l’alimentation, à la consommation d’emballages, aux activités humaines quotidiennes en général, un passage m’a particulièrement intéressé, celui du transport. Voici cet extrait :

« Selon l'Institut de veille sanitaire, un adulte américain passe en moyenne soixante-douze minutes par jour au volant de sa voiture.
Soit, selon le ministère du Travail américain, deux fois plus de temps que le père de famille américain moyen n'en passe avec ses enfants.
Soit, faites le calcul, l'équivalent d'un peu plus d'une journée de travail de huit heures par semaine, ou un peu moins de onze semaines de travail de quarante heures par an.
Selon le Bureau des statistiques du travail, 17 % des revenus de l'Américain moyen sont consacrés à la voiture.
En d'autres termes, nous passons en moyenne huit semaines par an à travailler pour payer le coût de nos voitures.
L'un dans l'autre, nous autres Américains passons l'équivalent de presque cinq mois de travail par an à rouler en voiture ou à bosser pour payer le coût de nos autos.
Et bien souvent, indique un rapport de l'Institut des transports du Texas, c'est du surplace que nous faisons, puisque nous passons chaque année l'équivalent de 105 millions de semaines de vacances dans les embouteillages.
Dix minutes au volant, selon le sociologue Robert Putnam, c'est 10 % de temps en moins consacré à nos amis.
Même si vous n'avez pas de voiture, des recherches ont montré que plus il y a de circulation dans la rue où nous habitons, moins nous avons d'amis, parce qu'à cause de la circulation, nous passons moins de temps dans notre quartier. »



Un constat assez accablant…à relativiser, certes !

Tel que je l’interprète, la question du transport dans notre vie induit celle de notre lien avec les autres, nos enfants, notre famille en général, les amis, et même les inconnus (entre autre, de potentiels nouveaux amis). Sans s’en rendre compte, le fait de nous déplacer pour aller chercher un lien social peut avoir l’effet contraire et nous isoler.
Les intérêts d’un mode de transport ne peuvent être jugés qu’en comparaison avec un autre…ainsi, je vais continuer sur la lancée de Colin Beavan et parler voiture :

Privilégier les déplacements doux représenterait mathématiquement 4000km fait en déplacement doux par an, cela peut potentiellement induire :
  • De l’activité physique, donc moins de surpoids et plus de dynamisme
  • De facto, une meilleure estime de soi pour certaines personnes souffrant du regard des autres
  • A fortiori, un taux de maladies cardio-vasculaires non négligeable peuvent être réduites, voire évitées
  • La sérénité (moins de stress en vélo ou à pied, faites le test...)
  • De plus, le déplacement doux modifie notre regard au temps qui passe, et on anticipe mieux ses déplacements. On finit par moins arriver en retard en vélo qu’en voiture ! et on évite certains stress liés à cela.
  • Une amélioration de l’environnement proche : moins d’émission de polluants, moins de bruit, moins d’odeur, moins de maladies liées aux points ci-dessus
  • Généralement moins de kilomètres parcourus : c’est potentiellement plus de temps pour des activités proches de chez soi, avec ses voisins par exemple ; potentiellement donc plus de rencontres locales, et cela brise le cercle vicieux des contacts sociaux longue distance

Note : certains des points ci-dessus peuvent ne pas toucher tout le monde (certains roulent beaucoup en voiture mais ne souffrent pas du surpoids, d’autres sont à l’abri du besoin et économiser l’argent de la voiture ne les aiderait pas forcément davantage…)


Maintenant que l’on a des données et des effets

On sait qu’un lien social sain l’est entre autre, grâce au revenu des personnes, leur sentiment d’être à l’abri du besoin, leur bonne santé…quand on lit ci-dessus le prix à payer pour avoir une voiture (financier, sanitaire etc.), il y a fort à penser que ce moyen de déplacement peut avoir un fort impact sur la qualité de vie, et donc l’harmonie sociale ! Et que non loin d’être un outil au service de l’humain, il peut devenir source d’aliénation.

Et le transport en commun ?

Notons qu’un transport en commun ne peut pas nécessairement être considéré comme doux (un bus pollue, construction + utilisation sont coûteux en énergie. C’est le nombre de passagers qui fait la différence)
Parfois, nous voyons le transport en commun d’un mauvais œil, préférant rester dans notre voiture.
Mais cela est un facteur d’isolement, pouvant ternir notre vie, alors que s’ouvrir aux autres est un exercice parfois difficile, mais salutaire. En ce sens, le transport en commun a potentiellement un pouvoir sur le changement de nos sociétés vers moins de pollution et un meilleur lien social.

Note sur l’utilisation des transports en commun

Malgré tout, les transports en commun peuvent ne pas être vecteurs de lien social; voyez la donnée suivante :
L’utilisation de la voiture est d’autant plus faible que la zone est dense (1 déplacement sur 8 à Paris, près de 9 sur 10 dans la périphérie des petites villes, selon le Commissariat général au développement durable).
L’important score des parisiens pour l’utilisation du transport en commun fait cependant relativiser sur ce dernier comme vecteur de lien social (tout stéréotype mis à part, les transports en commun dans les grandes agglomérations ne sont pas des gages de lien social enrichissant).
Cependant, les impacts indirects doivent être pris en compte : plus de voiture, c’est potentiellement plus de pollution, donc de maladies, et aussi plus d’individualisme. On en revient à l'impact du transport sur la santé, l'argent, et donc le lien social.

Conclusion

A l’heure des échanges à grande vitesse, du big data, de la connexion profonde aux réseaux informatiques…nous ressentons parfois d’autant plus d’isolement dans le monde «réel».
Mais pourquoi ne pas amorcer un changement ? Aller chercher le pain à pied, un grand classique. Aller faire ses courses en vélo, aller en ville en bus, chercher le co-voiturage, car finalement, même la voiture peut être facteur de lien social ! Le trajet de la maison au boulot est tellement plus coloré quand on le passe à plusieurs…
A tout moment, je me pose la question de mon mode de déplacement pour telle ou telle sortie : est-ce utile de le faire maintenant ? Puis-je le faire autrement ? En cas d’impossibilité de faire autrement, puis-je lier l’utile à l’agréable et porter quelque chose à quelqu’un, puis-je transporter mieux ? (un achat quelque part, rendre visite à quelqu’un qui est sur le trajet !)
Le transport est une facette importante de notre vie, et chaque kilomètre parcouru peut la changer.
Qui sait, vous pourriez rencontrer l’amour de votre vie au détour d’une course en vélo ?





Yan, pour Velociutat.



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